Et le ciel nous est tombé sur la tête…

Petit détour par Alta Gracia avant de rejoindre Mendoza, pour aller voir la maison du Che et parce que c’est plus pratique pour faire du stop que depuis Cordoba directement. On est parti avec le soleil, une bonne heure aura suffit, on est arrivé avec la pluie. A la gare on demande : “Où est la maison du Che?” et on hérite d’indications un peu compliquées et d’une carte en papier, pratique quand il pleut. Equipés de nos fidèles sac à dos (15kg chacun environ) et encore en tongs parce qu’il faisait beau à Cordoba, on arpente entre deux glissades contrôlées, le pavé humide d’Alta Gracia à la recherche de la casa du Che et plus précisément de l’hôtel sur lequel nous avons jeté notre dévolu après consultation du Guide du routard et idéalement situé à trente mètres seulement de la dite casa. Vingt minutes plus tard, le temps de laisser le ciel nous tomber complètement sur la tête, surprise! L’hôtel est abandonné depuis belle lurette (expression qui convient parfaitement à l’état de la bâtisse qu’on a trouvée à l’adresse indiquée) ; quant à la casa du Che (pour laquelle on s’était en partie déplacés) annoncée à 5 pesos sur le Guide, on y apprend que la visite vaut en fait 75 pesos… Et comme ce n’est pas la première faute de frappe ou plus vraisemblablement un sérieux manque de sérieux au niveau de la vieille informationnelle, les bras levés vers le ciel en guise de défi, on maudit le Guide du routard ! Finalement on ne verra la casa du Che que le temps de demander quelques renseignements et après une errance douloureuse on finira par trouver un toit pour la nuit dans un Hospedaje, grace à un sympathique jeune commerçant qui nous aura un peu rencardé au passage. Le soir heureusement sera l’occasion de déguster le meilleur repas du voyage dans un resto du coin. Le jour d’après, pas d’intempéries comme chez Emmerich, mais visite de la ville, depuis le centre jusque à la réplique de Lourdes en passant par le charmant parc où on hésitera à faire du camping. Finalement c’était plutôt sympa Alta Gracia…
Mendoza, nous veux-tu ? Nous voilà!

Qui l’eut cru ? C’est la première fois que nous n’avons trouvé personne pour nous héberger dans une grande ville. Pas de souci pour autant, on arrive par le bus (parce que le stop c’est la misère comme disent les jeunes), appréciant depuis l’étage la vue sur les vignes de la région. Cette fois on fait confiance à Internet plutôt qu’au guide sur le choix de l’hôtel et on atterrit finalement à L’Universal, rue Beltran (que personne dans la ville ne semble connaître), certes un peu éloigné du centre mais au calme et dans un quartier où il y a deux ou trois choses à voir. On les voit, on voit le centre… mais en fait il n’y a pas grand chose à voir. On se dit qu’après BA et Cordoba dans la foulée on en a un peu marre des grandes villes et on mise tout notre espoir sur la journée du lendemain avec la route des vins.
Le vin pour les nuls

Pas de suspense. Après un peu de galère pour arriver à Maipu (le circuit le plus accessible de la route des vins) on loue un velo chez le sympathique Mister Hugo et c’est parti pour la rutas del vinos. Très vite, on déchante. Sur les routes bondées de camions on s’arrête de bodega en bodega, surpris de trouver des verres de vin à quasiment pas moins de 4€. On regarde autour de nous et on comprend. Pratiquement que des Américains qui se foutent pas mal du prix du raisin… On goûte chez l’un, quatre demi-verre pour 8€, rien de mauvais, mais vraiment rien d’exceptionnel. Ici, en fait, les dégustations sont l’occasion de se bourrer la gueule au Malbec. Vu les prix, on se fait une autre dégustation d’huile d’olive et consort pour se rassasier au passage de quelques toasts de marmelades et autres tapenades qui nous serviront de déjeuner. Une bonne douzaine de kilomètres au compteur, on retourne finalement un peu bredouille et très déçus chez Mister Hugo, qui, toujours aussi sympathique nous offre du vin à volonté. Bon ce n’est pas un grand cru, mais on ne fait plus les difficiles. Et puis c’est frais. A l’heure du départ, c’est sûrement à cause du vélo mais je repense à la blague du vin qui fait mal au cul. Un élan patriotique jusqu’alors inconnu s’empare de moi et je repense à la glorieuse patrie : y a pas à dire, en matière de pinard on est vraiment les n°1.
La Poste. Toute une histoire.

Alta Gracia. Jour 1.
Alors qu’on se coltine depuis des jours un sac plastique bourré de papiers et autres souvenirs qu’on aimerait envoyer en France, on trouve enfin une poste. Malheureusement elle est fermée. Comme la plupart des commerces dans pas mal d’endroits en Argentine, passé 13h, il faut attendre 17h pour espérer quoi que ce soit. L’après-midi, c’est toute la ville qui fait la sieste. J’y retourne seul pour envoyer les 13 cartes postales qui nous auront porté malheur puisqu’on se les trimballe depuis Buenos Aires. La facture me fait mal au porte-monnaie. A reculons, je demande : “Et combien pour ce sac bourré à ras bord ?” le type m’annonce 190 pesos alors qu’on s’était dit “pas plus de 50” avec Marie. “Euh, et combien si j’enlève ça, ça et ça ?” ne laissant quasiment plus que les cadeaux d’anniversaire pour ma famille dont j’espère qu’ils n’arriveront pas trop en retard. “50 pesos a peu prés.” Youpi, je fais une cabriole, je me roule par terre, dans un mouvement de va-et-vient euphorique j’envoie plusieurs fois mes bras vers le ciel avant de ramener mes coudes au niveau de mes hanches. “Par contre vous avez un carton ?” “Un carton ?” “Oui, pour tout mettre dedans.” “Parce que vous n’en avez pas ?” “Non, il faut que vous alliez l’acheter en librairie.”
Je fais toutes les librairies de la ville, pas de carton, sinon un suffisamment grand pour que je rentre avec en France par voie postale. Mais le voyage n’est pas terminé. Tant pis, je reprends mon sac prêt à déborder. On s’en chargera à Mendoza. On s’est au moins occupés des cartes postales.
Mendoza. Jour 2.
“Revenez demain, avant 14h. Il faut que vous passiez par la douane qui est fermée à cette heure-ci.”
“Super. Et ça fera combien à tout hasard ?”
Elle pèse le sac.
“2kg. 230 pesos.”
On se racle la gorge. On enlève à nouveau ça, ça et ça. Et on achète déjà le carton (celui de 2kg quand même parce que le masque de carnaval est un peu à l’étroit dans celui de 1kg) pour être sûrs que quand la douane sera ouverte on aura toutes les chances de notre côté. On rentre. On fait le tri dans les papiers. Ceux qu’on garde je les mets dans mon sac, avec deux trois trucs pas pressés qu’on case à droite à gauche histoire d’alléger au max le colis.
Mendoza. Jour 3. 11h.
“Et voilà. Pour la France s’il vous plaît.”
“Qu’est ce qu’il ya dedans ? Ouvrez la boîte. D’accord, remplissez ces deux papiers et allez au bureau d’à côté.”
On cherche un stylo ; c’est la mission. Sur les espèces de pupitres où on est censés pouvoir remplir les papiers : rien. Aux guichets, ils n’en ont pas. A un autre bureau, un type nous dit qu’il n’en a pas non plus, pourtant, on en voit derrière lui. Finalement on en trouve dans un autre bureau. Comme c’est le bureau où on est censé aller, on rend le stylo au passage.
“Et voilà. Pour la France s’il vous plaît.”
“D’accord, remplissez ces deux papiers et allez aux guichets 5 et 6.”
On remplit même si les infos demandées sont exactement les mêmes. On va aux guichets 5 et 6.
“Et voilà. Pour la France s’il vous plaît.”
“D’accord, remplissez ces deux papiers et allez à la douane.”
Re-stylo. On rempli pour la troisième fois des formulaires différents avec les mêmes infos à l’intérieur. Je regarde autour de moi si je ne vois pas le François Damiens argentin. Non, ça a l’air sérieux. On retourne à la douane.
“Et voilà. Pour la France s’il vous plaît.”
“D’accord, suivez-moi. Une seule personne.”
Un regard complice avec Marie, ça y est, on y est… et je rentre dans le bureau des douanes.
“Qu’est ce qu’il ya dedans ?”
Je lui enfonce les six formulaires au fond des orbites jusqu’à lui crever les yeux ou je réponds calmement comme si de rien n’était ? Pendant que je réfléchis à ces deux options, il ouvre la boîte. Je lui explique. Il ferme la boîte, la pèse et la scelle. Ouf ! Il me la tend à nouveau. “Allez au bureau d’à côté.”
On y va.
“Et voilà. Pour la France s’il vous plaît.”
“C’est tout bon.”
“Vous êtes sûre?”
“Oui, vous pouvez aller au guichet 5 ou 6.”
…
Finalement on refait la queue après une bonne heure de péripéties et la femme repèse le colis. 750 grammes. On est fiers de nous.
“Ca vous fera 230 pesos.”
Sans commentaire.
