Je dois l’avouer, avant de planifier notre descente en Patagonie, je ne connaissais rien de cette région. Pour moi, c’était là où il y avait Ushuaia et à Ushuaia, les gens dansaient à poil sous une pluie de grenades dans une forêt tropicale. Visiblement, je me suis trompée de marque de gel douche. Ici, c’est plutôt senteur “fraîcheur extrême” que “Tahiti parfum noix de coco”. J’aurais pu vérifier plus tôt me direz-vous, mais vous aurez remarqué qu’on organise un peu le voyage à la dernière minute et que la géographie n’a jamais été ma grande passion. Du coup, j’ai du me faire à l’idée de passer les futures nuits et jours comme un oignon (avec quatre couches de fringues sur moi) pour combattre tant bien que mal mon pire ennemi : LE FROID ! Déjà qu’en France je ne supporte pas mettre un pull et je me balade toujours pieds-nus chez moi, devoir garder mes chaussures de rando et une capuche sur la tête même en intérieur fut une expérience… intéressante.

L’autre façon de se réchauffer tout aussi intéressante fut de partager notre petite chambre avec trois autres personnes à Puerto Natales. Si la maison du bonheur existe, elle doit sûrement être ici. “La famillia Patagonia” (Gloria, son mari Oscar, leur trois enfants Alison, Bastian, Enzo et la tia Maria) ouvre grand sa porte toute l’année à des routards venants de tous les horizons. La preuve avec une carte du monde piquée de centaines de punaises représentant les nouveaux amis de la “famillia”.

En une semaine, nous avons ainsi fait la connaissance de la Sud-africaine Lily, les Belges Brieuc et Natacha, les Chinois Maria et son mari dont j’ai oublié le nom, les Japonais Keiko et Makoto, les Bulgares Peter et Helena, l’Australien Garrik, le couple chileno-américain Brent et Francesca et enfin les fous du jeux, les Français Nicolas et Aurélia. Et comme la seule règle de la maison était de mettre la main à la pâte en cuisine, autant vous dire que chaque soir était prétexte à un festin de roi.

Si la maison est toujours aussi bien remplie, c’est avant tout pour une chose : le parc du Torres del Paine, situé à 1h de bus d’ici (ce qui en termes de distances n’est rien du tout pour la région). On ne passe pas à Puerto Natales sans y faire un tour. En ce qui nous concerne, ça aura été littéralement un tour d’une journée. Après une belle prise de tête et beaucoup de frustration en ce qui concerne mon cher et tendre, nous n’avons pas fait le fameux trek du W qui permet de traverser le parc en à peu près cinq jours.

A l’approche de l’hiver et ayant déjà du mal à me réchauffer près d’une cheminée, je ne me voyais pas camper quatre nuits dehors. Debout 7h, nous voilà donc partis en bus le long de la route qui encercle le sud du Torres. En mode safari, on ne prend pas trop de plaisir, surtout que Matt a l’air d’autant plus triste de ne pas pouvoir approcher les fameuse Torres qui ont donné leur nom au parc ou le glacier Grey qu’on ne verra que depuis la plage du lac en face…

Ma palme de la pire petite amie en poche et notre budget ne nous permettant pas d’aller à Ushuaia, nous aurons utilisé les autres jours nous séparant de notre retour à Puerto Montt (toujours en bus, l’avion étant finalement trop cher) pour nous détendre un peu, marcher dans la brume de la Péninsule Taloche accessible après une traversée du ferry sur lequel travaille notre hôte, bosser notre espagnol et nous offrir des petites balades au bord de la plage pour observer les cormorans royaux.

Finalement, la Patagonie m’aura confortée dans l’idée de ne jamais m’installer dans une région où les températures sont plus souvent en dessous qu’au dessus de 0 et nous aura laissé à tous les deux une saveur douce amère. Douce, comme la famille qui nous a si bien accueillis, amère comme le fait d’avoir été bloqués par notre budget et par le froid. On reviendra sûrement quand on sera riches (et en été !) pour explorer un peu mieux la région. Maintenant, retour au chaud, à Valparaiso, après un passage par Puerto Montt.
La Quiaca-Villazon, première frontière passée à pied. Les magasins qui vendent de tout, les restos à 1€50, le froid qui te réveille en pleine nuit. Bienvenue en Bolivie ! De là, on continue de modifier nos habitudes de voyage ; premier train direction Uyuni. Des paysages merveilleux, Siempre Mayas pendant des heures, puis, qui l’eut cru, un film pire encore : El Duro, de la poussière plein les poumons. Bobolivie… On arrive au milieu de la nuit.
Uyuni nous accueille avec des toilettes bouchées où flotte la mort. Ce n’est pas ça qui nous empêchera de manger sur les marchés. On goûte le Llama. Pour deux euros Marie nous en fera une délicieuse variation avec des légumes locaux. La ville est un peu tristounette, à l’image de la clinique des Carmélites, mais pas sans charme. Chez Dali on nous propose des prix soit disant surréalistes, bon public et mauvais négociateurs, on accepte sans réfléchir. Pour le coup on ne s’en sort pas si mal. Le lendemain direction le salar pour trois jours d’excursions. Comparaison :
Uyuni
Le plus grand salar du monde; un désert de sel à perte de vue et des photos rigolotes en perspective +1
Des lagunes sympas et soudain la lagune Colorado (égalité)
Des petits geysers et une piscine qui a plutôt l’air d’un bac à sable pour clochards -1
Un guide aussi loquace que Trintignant dans Le Grand Silence -1
Malgré le froid, un mémorable hôtel de sel et un dortoir où le vin est offert +1
San Pedro de Atacama
Le troisième plus grand salar, un crépi de sel et de roche où la ballade est un peu courte -1
Des lagunes plus sympas encore jusqu’à la géniale Cejar (égalité)
Des geysers mégaimpressionants et une piscine hyprarelaxante +1
Quatre guides sympathiques pas avares en explications +1
Tous les soirs retours à l’hôtel, confortable mais bien plus onéreux -1
Bilan : Egalité
Les deux tours sont assez complémentaires si l’on souhaite découvrir toutes les merveilles de la région. Si les geysers par exemple font plus partie du paysage avec le lever de soleil en fond tandis qu’à San Pedro ils faisaient le spectacle à eux seuls, rien que le salar vaut amplement le déplacement. Niveau lagunes, on s’en prend plein la tronche des deux côtés. Et si la flottaison de la Cejar est inoubliable, la couleur du Colorado est toute aussi mémorable. Moins chère que sa voisine San Pedro de Atacama, Uyuni reste un passage des plus recommandables pour les voyageurs à la recherche de sensations fortes.
De notre côté on a même eu droit à une crevaison en plein désert, sans rien pour réparer la voiture, quatre kilomètres sur la jante, avant de rentrer à toute vitesse jusqu’à ce qu’un type en camionnette nous fasse un remake du Duel de Spielberg. Finalement on sera arrivés juste à temps pour le dernier bus pour La Paz, nous offrant une dernière sensation forte avec ce beau trajet de nuit qui te remet autant de vertèbres en place qu’il t’en déplace, des odeurs de caca en prime pour te réveiller entre deux arrêts. Ah, folklorique Bolivie…